Un « choc et stupeur » en préparation pour l’Iran

Le lancement d’une guerre directe contre l’Iran est maintenant rendu aux « préparatifs finaux ». Selon des documents du Pentagone, les attaques aériennes impliqueraient l’utilisation d’armes nucléaires tactiques ou « mini-nuques ».

Les partenaires de la coalition incluant les États-Unis, Israël et la Turquie, sont maintenant dans « un état de préparation avancée ».

Divers exercices militaires ont eu lieu, dès le début de 2005. En retour, les forces armées iraniennes se sont aussi livrées à des manœuvres militaires d’envergure dans le Golfe Persique en décembre, en préparation d’une attaque éventuelle lancée par les États-Unis.

Depuis le début de 2005, des pourparlers diplomatiques intenses ont eu lieu entre Washington, Tel Aviv, Ankara et le quartier général de l’OTAN à Bruxelles.

Récemment, le directeur de la CIA, Porter Goss, lors d’une mission à Ankara, a demandé au premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan de « fournir un soutien politique et logistique pour des frappes aériennes contre des cibles nucléaires et militaires iraniennes ». Goss aurait demandé « la coopération spéciale du renseignement turc pour aider à préparer et suivre l’opération ».

Le premier ministre Ariel Sharon a ensuite donné le feu vert aux forces armées israéliennes pour lancer une attaque d’ici la fin mars. Comme le souligne le sociologue américain James Petras, la fin mars coïncide aussi avec le dépôt à l’ONU du rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur le programme nucléaire iranien.

Le plan militaire américain a été appuyé par l’OTAN, même si la nature de l’implication de l’OTAN dans les attaques aériennes planifiées n’est pas encore claire.

Les différentes composantes de l’opération militaire sont sous commandement américain, coordonnées par le Pentagone et le US Strategic Command Headquarters (USSTRATCOM) à la base aérienne d’Offut, au Nebraska.

Des sources militaires américaines ont confirmé qu’une attaque aérienne sur l’Iran impliquerait un déploiement comparable aux bombardements « choc et stupeur » sur l’Irak en mars 2003.

En novembre, l’USSTRATCOM s’est livré à un exercice d’un « plan de frappe global » intitulé « Global Lightening », qui impliquait une attaque simulée recourant aussi bien à des armes conventionnelles que nucléaires contre un « ennemi fictif ». À la suite de Global Lightening, l’USSTRATCOM a déclaré « un état de préparation avancé. »

Alors que des rapports de presse en Asie affirmaient que « l’ennemi fictif » dans l’exercice était la Corée du Nord, il semblerait que l’exercice « Global Lightening » fut lancé en prévision d’une attaque éventuelle contre de l’Iran.

Aucune voix discordante au sein de ladite communauté internationale ne s’est manifestée. La classe politique de l’Union européenne est partie prenante. Des consultations ont lieu entre Washington, Paris et Berlin. Contrairement à l’invasion de l’Irak, à laquelle la France et l’Allemagne s’étaient opposées au niveau diplomatique, Washington a réussi à construire un consensus au sein de l’Alliance atlantique et au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce consensus laisse libre cours à la conduite d’une guerre nucléaire, qui pourrait potentiellement affecter une large part du Moyen-Orient et de l’Asie centrale.

De plus, un certain nombre d’États arabes sont maintenant des partenaires tacites dans le projet militaire israélo-américain. Il y a un an, en novembre 2004, les hauts dirigeants militaires israéliens se réunissaient au quartier général de l’OTAN, à Bruxelles, avec leurs vis-à-vis de six membres des Nations du bassin de la Méditerrannée, incluant l’Égypte, la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, et la Mauritanie. Un protocol OTAN-Israël fut signé. À la suite de ces rencontres, des exercices militaires conjoints ont été tenus au large des côtes syriennes, mettant en cause les États-Unis, Israël et la Turquie. En février 2005, Israël a participé à des exercices militaires et des « manœuvres anti-terroristes » avec plusieurs pays arabes.

L’ordre du jour militaire est basé sur la doctrine de l’administration Bush de guerre nucléaire « préventive » à l’endroit des « États voyous » incluant l’Iran et la Corée du Nord. Selon une décision de 2003 du Sénat, la nouvelle génération d’armes nucléaires tactiques, les « low yield » ou « mini-nuques », avec une capacité explosive d’un tiers à six fois la bombe d’Hiroshima, sont maintenant considérées « sans danger pour les civils », puisque l’explosion a lieu sous terre.

Les manuels militaires affirment que la nouvelle génération d’armes nucléaires sont « sécuritaires » pour un usage sur le champ de bataille. Elles ne sont plus des armes de dernier recours. Dans ce contexte, le sénateur Edward Kennedy avait accusé l’administration Bush d’avoir développé « une génération d’armes nucléaires plus facilement utilisables ».

Une attaque préventive avec des armes nucléaires tactiques serait coordonnée à partir de l’US Strategic Command Headquarters à la base aérienne d’Offutt, au Nebraska, en lien avec les unités de commandement dans le Golfe Persique, à la base militaire de Diego Garcia, en Israël et en Turquie.

En vertu de son nouveau mandat, l’USSTRATCOM a la responsabilité de « superviser un plan de frappes global » avec des armes conventionnelles et nucléaires. En janvier 2005, il a été identifié comme « le principal commandement pour l’intégration et la synchronisation d’efforts à la grandeur du département de la Défense dans le combat contre les armes de destruction massive ».

Pour mener à bien ce mandat, une toute nouvelle unité de commandement appelée Joint Functional Component Command Space and Global Strike (JFCCSGS) a été mise sur pied.

Le JFCCSGS a pour mandat de superviser le déclenchement d’une attaque nucléaire en accord avec la nouvelle politique relative aux armes nucléaires (Nuclear Posture Review) adoptée en 2003 par le Congrès américain. Ces modifications impliqueraient l’usage préventif d’ogives nucléaires non seulement contre les « États voyous » mais aussi contre la Chine et la Russie.

Depuis novembre, le JFCCSGS serait en « état de préparation avancée » suite à la conduite d’exercices militaires appropriés. Au début décembre, l’USSTRATCOM annonçait que l’unité de commandement avait effectivement atteint « une capacité opérationnelle pour frapper rapidement des cibles autour du globe en utilisant des armes nucléaires ou conventionnelles ».

Le JFCCSGS est dans un « état de préparation avancée » (« Advanced State of Readiness ») pour déclencher des attaques nucléaires contre l’Iran ou la Corée du Nord. L’implantation opérationnelle de ces frappes globales est appelée concept plan (CONPLAN) 8022. Ce dernier est décrit comme un plan que la marine et l’aviation traduisent en une « feuille de frappe » (« Strike Package ») pour leurs sous-marins et bombardiers. La mission du JFCCSGS serait d’appliquer le CONPLAN 8022, c’est-à-dire de déclencher une guerre nucléaire contre l’Iran.

Le commandant en chef, George W. Bush, donnerait ses instructions au secrétaire de la Défense, qui donnerait ses instructions au chefs d’État-major pour activer le CONPLAN 8022. Le CONPLAN est distinct des autres opérations militaires. Il n’implique pas le déploiement de troupes au sol, comme le rapportait le Washington Post en mai 2005.

Depuis la fin 2004, Israël accumule les armes conventionnelles et nucléaires de fabrication américaine, en préparation d’une attaque contre l’Iran. Cette accumulation, financée par l’armée américaine, fut complétée en juin 2005. Israël a pris livraison des États-Unis de plusieurs milliers de « Smart Bombs », dont quelque 500 bombes anti-bunker, qui peuvent également être utilisées pour livrer des bombes nucléaires tactiques.

De plus, il a été révélé à la fin 2003 que des sous-marins israéliens de classe Dolphin équipés de missiles américains Harpoon avec des ogives nucléaires sont maintenant pointés vers l’Iran.

Déjà en février 2005, CNN rapportait que Téhéran avait confirmé qu’elle répliquerait si attaquée, par des frappes de missiles ballistiques contre Israël. Ces attaques pourraient aussi viser des installations militaires américaines en Irak et dans le Golfe Persique, qui entraîneraient immédiatement une escalade militaire et une guerre de plus grande envergure.



Articles Par : Prof Michel Chossudovsky

A propos :

Michel Chossudovsky is an award-winning author, Professor of Economics (emeritus) at the University of Ottawa, Founder and Director of the Centre for Research on Globalization (CRG), Montreal, Editor of Global Research.  He has taught as visiting professor in Western Europe, Southeast Asia, the Pacific and Latin America. He has served as economic adviser to governments of developing countries and has acted as a consultant for several international organizations. He is the author of eleven books including The Globalization of Poverty and The New World Order (2003), America’s “War on Terrorism” (2005), The Global Economic Crisis, The Great Depression of the Twenty-first Century (2009) (Editor), Towards a World War III Scenario: The Dangers of Nuclear War (2011), The Globalization of War, America's Long War against Humanity (2015). He is a contributor to the Encyclopaedia Britannica.  His writings have been published in more than twenty languages. In 2014, he was awarded the Gold Medal for Merit of the Republic of Serbia for his writings on NATO's war of aggression against Yugoslavia. He can be reached at [email protected]

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