Un énorme conglomérat minier voulait empoisonner l’eau du Salvador

Après une longue lutte, il a finalement perdu. El Salvador a tout simplement prouvé que, avec suffisamment de soutien de la société civile, même un pays très pauvre peut résister à de puissantes entreprises minières mondiales.

Les habitants d’El Salvador et leurs alliés internationaux luttant contre les entreprises minières irresponsables célèbrent une victoire historique. Après une longue bataille contre les sociétés minières mondiales déterminées à piller les ressources naturelles du pays pour des bénéfices à court terme, l’Assemblée législative d’El Salvador a voté pour interdire tous les projets de mines d’extraction de métal.

La nouvelle loi vise à protéger l’environnement et les ressources naturelles de cette nation d’Amérique centrale. Approuvée le 29 mars avec le soutien de 69 législateurs de différents partis (sur un total de 84), la loi bloque toute exploration, extraction et traitement des métaux, que ce soit dans des mines ouvertes ou souterraines. Est également interdite l’utilisation de produits chimiques toxiques comme le cyanure et le mercure.

L’eau est plus précieuse que l’or. Arrêtez les abus des mines à El Salvador et ailleurs.

 

À la veille du vote, les communautés de la ville de Cinquera avaient exprimé leur refus des mines à travers un référendum local et l’Église catholique d’El Salvador avait appelé à participer massivement à une manifestation publique pour demander aux législateurs de commencer des discussions sur l’interdiction de l’exploitation minière. Lorsque la protestation est arrivée à l’assemblée législative, le 9 mars, ils ont été salués par une commission multipartite qui s’engagea à entamer des discussions immédiatement et à préparer la législationavant les vacances de Pâques.

Malgré le fait qu’il existe un consensus national entre les communautés, les organisations de la société civile, les institutions gouvernementales et les partis politiques pour une interdiction minière, la société australienne et canadienne OceanaGold et ses filiales au Salvador ont constamment tenté de ralentir les progrès du vote législatif et ont cherché à bénéficier d’un soutien en faisant une campagne de sensibilisation pour une soi-disant « extraction minière responsable ».

La ceinture aurifère d’Amérique centrale

La société a lancé cette campagne dans un hôtel de luxe de San Salvador, après avoir perdu un procès à 250 millions de dollars contre El Salvador, en octobre 2016. La société avait déposé une plainte auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), exigeant une indemnisation lorsque le gouvernement a refusé d’accorder à l’entreprise un permis pour un projet d’extraction d’or qui menaçait l’approvisionnement en eau du pays. Face à l’opposition formidable d’un large éventail de groupes à l’intérieur et à l’extérieur du Salvador, le tribunal du CIRDI s’est prononcé contre la société.

Lorsque les législateurs ont annoncé qu’ils commenceraient une discussion sérieuse sur l’interdiction minière, l’entreprise a intensifié ses activités. Outre la publication de communiqués payés dans les journaux professionnels pro-business, les organisations sociales ont signalé que les représentants d’OceanaGold ont rencontré des représentants du gouvernement pour faire pression contre le projet de loi.

Le 23 mars, une manifestation pro-mines a été organisée par la Fondation El Dorado (la fondation créée et financée par OceanaGold) en face de l’Assemblée législative, au moment même où la commission délibérait sur le projet de loi. Plus tard, le représentant du FMLN, Guillermo Mata, président de la Commission de l’environnement et du changement climatique, a informé que les personnes amenées à la manifestation par El Dorado avaient reçu chaque jour 7 dollars plus un déjeuner gratuit pour y assister. On leur a aussi demandé de ne pas parler à la presse.

On leur donne du travail et ils nous donnent de l’or.

En outre, le 23 mars, Luis Parada, l’avocat qui a dirigé l’équipe de défense pour El Salvador dans l’affaire du CIADI, a dénoncé, par son compte Twitter, une lettre envoyée par OceanaGold et sa filiale Pac Rim, contenant des menaces voilées de poursuites judiciaires si El Salvador votait l’interdiction d’exploitation minière.

Mais la pression pour une interdiction de l’exploitation minière est restée forte. Pour soutenir la coalition anti-mines, Carlos Padilla, gouverneur de la province de Nueva Vizcaya aux Philippines, s’est rendu à El Salvador pour partager la mauvaise expérience de sa province avec OceanaGold. Le 28 mars, lors de présentations à la Commission de l’environnement et du changement climatique d’El Salvador, Padilla a signalé que la mine n’avait pas généré de croissance économique significative, qu’elle avait violé les droits de l’homme et constitué une menace pour l’activité agricole de la province, l’environnement et les générations futures.

Son témoignage a contribué à casser le mythe de la croissance économique et des mines responsables et durables, propagé par OceanaGold. Après la présentation de Padilla, les législateurs de la commission ont voté à l’unanimité pour faire avancer la loi visant à interdire l’exploitation minière des métaux et son vote à l’Assemblée législative.

Avant le vote de l’assemblée, de nombreuses organisations et personnes étrangères ont écrit au président de l’Assemblée législative, Guillermo Gallegos, exprimant sa solidarité avec le peuple d’El Salvador et leur soutien à cette loi.

En votant en faveur de l’interdiction minière, ces législateurs du Salvador ont choisi l’eau plutôt que l’or, les personnes et l’environnement plutôt que les bénéfices des entreprises. Et ils ont montré que même un pays très pauvre peut résister à de puissantes entreprises minières mondiales.

Pedro Cabezas

 

 

Article original en anglais : El Salvador Votes for Water over Gold,

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone.

 

Pedro Cabezas est basé au Salvador, où il coordonne l’Alliance internationale contre l’exploitation minière des métaux.



Articles Par : Pedro Cabezas

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