Un journaliste anglais abattu par l’armée américaine d’une balle dans la tête

Il était l’homme qui a révélé en 1988 que Saddam Hussein avait utilisé des armes chimiques pour massacrer 5000 Kurdes à Halabja. Puis, en 1999, il fut le premier journaliste étranger à pénétrer au Kosovo, en passant par les montagnes à la frontière du Montenegro. Le 22 mars 2003, au deuxième jour de la guerre en Irak, le Britannique Terry Lloyd a été tué, alors qu’il couvrait pour la chaîne ITV l’avancée des troupes américaines dans le sud du pays, près de Bassorah. Il était accompagné du chauffeur et interprète libanais Hussein Othman, également tué, et de deux cameramen, le Français Fred Nérac, dont on n’a jamais retrouvé le corps, et le Belge Daniel Demoustier, blessé mais seul survivant de l’équipe, qui circulait à bord d’un minibus clairement identifié « presse ». Trois ans et demi plus tard, la justice britannique a livré les conclusions de son enquête officielle, dirigée par le juge Andrew Walker, et elles sont explosives : blessé par un tir dans le dos, Terry Lloyd a été achevé par les marines d’une balle dans la tête ! Ce n’est certes pas la première affaire où l’armée américaine est directement accusée d’assassinat de reporters en Irak : la Fédération Internationale des Journalistes dénombre 13 cas sans aucune explication sérieuse, ni enquête. Même lorsqu’un tank ouvre le feu sur l’hôtel Palestine de Bagdad (deux journalistes morts, le 8 avril 2003), où le monde entier sait que la presse s’est regroupée, le Pentagone conclut à une « erreur ». Comme lorsqu’un raid aérien sur la chaîne Al Jazeera, le même jour, fait une autre victime. Ou en mars 2004, quand deux journalistes de la chaîne Al Arabiya sont abattus d’une balle dans la tête alors qu’ils faisaient demi-tour d’un check-point américain auprès duquel ils s’étaient identifiés. L’agence Reuters accuse aussi un tireur d’élite de l’armée américaine d’avoir exécuté le cadreur Dhia Najim après la fin d’un accrochage, le 1er novembre 2004. Comme encore Mazin Dana, tué en octobre 2003 par des soldats US alors qu’il filmait à l’extérieur de la prison d’Abou Ghraïb. Lorsque les faits s’accumulent ainsi, on ne peut plus invoquer l’erreur ou la bavure isolée : la grande armée qui prétend défendre la liberté et la démocratie élimine bel et bien les témoins gênants de sa croisade contre l’ « axe du Mal » en les tirant comme des lapins. L’affaire Terry Lloyd connaîtra-t-elle des suites ? Le juge Andrew Walker a annoncé qu’il allait demander au parquet britannique de déférer les auteurs des coups de feu devant un tribunal : « Je n’ai aucun doute qu’il s’agissait d’un acte illégal de tirer sur ce minibus« , a-t-il précisé. Mais on est évidemment très circonspect sur les chances d’aboutir de cette procédure. Le Pentagone a déjà réagi en prétendant cyniquement que « les forces américaines avaient suivi les règles d’ouverture du feu. (…) Le ministère de la Défense n’a jamais visé délibéremment des non-combattants, y compris des journalistes (…) nous avons toujours pris des mesures très strictes pour éviter les victimes civiles« , poursuit le communiqué. Ben voyons.

Posté par Olivierito Médias & liberté d’informer



Articles Par : Global Research

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