Un éléphant fou dans la galerie des glaces : la Barrick Gold Corporation au Chili

Au musée de la connerie environnementale que les générations futures érigeront pour ne pas oublier que la course au profit a failli (soyons optimistes !) bousiller la planète, il faudra réserver une place de choix au projet minier « Pascua Lama », dans les Andes, à la frontière entre le Chili et l’Argentine.

C’est le Centre chilien Pablo Neruda du Québec et d’autres associations chiliennes au Canada qui ont attaché le grelot, en liaison avec des groupes locaux au Chili même : la multinationale Barrick Gold Corporation envisage très sérieusement de « déplacer » un glacier dans la Cordillère des Andes, à près de 5 000 mètres d’altitude, pour creuser une gigantesque mine à ciel ouvert d’or, d’argent et de cuivre.

Les réserves d’or dans la zone sont estimées à 548 tonnes et celles d’argent à 635 millions de tonnes. Le gisement serait exploité jusqu’à épuisement, pendant vingt ans maximum. Chaque année, 15 millions de tonnes de minerai seront arrachées à la montagne (700.000 onces d’or par an), et 95 millions de tonnes de roches « stériles » abandonnées comme déchet. Le glacier constituant une réserve d’eau douce énorme, précieuse et irremplaçable pour les populations rurales en contrebas, et l’exploitation de l’or requérant l’usage de produits extrêmement dangereux, la Barrick Gold Corp. a bricolé un plan de gestion des impacts environnementaux.

Le « déplacement » du glacier entre dans ce cadre. La multinationale envisage carrément de scier d’énormes blocs de glace qui seraient traînés jusqu’à un autre glacier, auquel ils sont censés s’intégrer, préservant ainsi les réserves en eau de la région. Cette opération est sans précédent. Dans le contexte du réchauffement climatique qui menace les glaciers de montagne, il est à craindre que cette méga-intervention chirurgicale se soldera par une perte irréparable des ressources en eau. En effet, à supposer que le transfert des blocs de glace géants réussisse, leur masse fera descendre le glacier hôte plus bas dans la vallée, de sorte que la fonte s’accroîtra et que la réserve globale en eau diminuera. De toute manière, un glacier n’est pas qu’un tas de glace mais un écosystème fragile, et cet écosystème sera détruit.

L’autre aspect du plan « environnemental » de la Barrick Gold concerne la protection de la qualité des eaux. L’extraction de l’or est en effet une activité extrêmement polluante. Pour deux raisons. Un : l’or est généralement mélangé à des métaux lourds qui sont abandonnés sur place après exploitation. Deux : la séparation de l’or et des impuretés requiert l’emploi de cyanure de sodium, un poison violent. La multinationale promet un recyclage des produits, une usine de traitement de l’eau et un canal de dérivation pour la rivière. Ce dispositif n’éviterait pas la pollution des eaux souterraines par les métaux lourds accumulés dans les déchets. Les gouvernements chilien et argentin ont déjà délivré les accords d’exploitation, mais ils sont soumis à une forte pression des populations locales.

Pour prendre toute la mesure de ce projet, il faut savoir que les glaciers de cette région alimentent les cours d’eau qui irriguent les vallées agricoles de San Felix et du Transito et, en aval de celles-ci, fournissent en eau potable la petite ville de Vallenar (40.000 habitants). Il faut savoir surtout que ce bassin hydrographique, constituant la vallée de l’Huasco, constitue une sorte d’oasis au milieu d’un des déserts les plus arides du monde, celui de l’Atacama. Les populations indiennes ne s’y sont pas trompées : leur système agraire traditionnel préserve soigneusement les équilibres naturels. Barrick Gold dans l’Husaco, c’est un éléphant dans la galerie des glaces. Un éléphant capitaliste rendu fou par la fièvre de l’or.

Pour en savoir plus et soutenir les populations de l’Huasco :
Association Olca (Observatoire latino-américain des conflits environnementaux)
site Atina chile.



Articles Par : Léon Taniau

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