Un million de personnes sont descendues dans la rue contre les coupes dans l’éducation et l’austérité au Brésil

Mercredi, la colère sociale grandissante face aux mesures d’austérité du gouvernement fascisant du président a explosé dans les rues du Brésil, avec plus d’un million d’élèves et d’enseignants sortant des classes et assistant à des manifestations initialement appelées par les syndicats d’enseignants comme soupape pour relâcher la pression sur la «réforme des pensions» réactionnaire proposée par le gouvernement.

Dans les deux plus grandes villes du Brésil, São Paulo et Rio de Janeiro, plus de cent mille manifestants se sont rassemblés en masse, tandis que des dizaines de milliers d’autres ont assisté à des manifestations dans d’autres grandes capitales d’État comme Recife et Salvador, au nord-est, Belo Horizonte au sud-est et Porto Alegre au sud, ainsi que dans la capitale, Brasília. Dans l’ensemble, toutes les capitales d’État et plus de 170 centres régionaux et petites villes ont vu des manifestations, même dans les campagnes des régions les plus reculées de l’Ouest peu peuplé et de l’Amazonie.

Alors que le Parti ouvrier (PT) et les syndicats ont jusqu’à présent tenté d’étouffer les luttes ouvrières montantes, notamment en mettant fin à la mi-mars, contre la volonté de la base, à une grève de 33 jours des travailleurs publics de São Paulo, les travailleurs et les jeunes ont trouvé dans les manifestations de mercredi un moyen d’exprimer leur opposition générale non seulement à Bolsonaro, mais à l‘establishment politique dans son ensemble. Les manifestants ont comparé le gouverneur des États PT au président fascisant et ses alliés pour leur application de mesures d’austérité brutale et le fait qu’ils ont ont singé les excuses de Bolsonaro pour les forces policières militaires assassines.

La manifestation avait été convoquée le 5 avril par la Confédération nationale des travailleurs de l’éducation (CNTE), contrôlée par le PT, «au cas où la réforme des retraites serait approuvée par le Panel constitutionnel de la Chambre», selon les termes fin avril de son président, Heleno Araújo Filho.

Cette trêve de près d’un mois et demi avait pour but de laisser le temps au Congrès de faire du maquignonnage et de saboter la mobilisation, comme les mêmes syndicats l’avaient fait lors d’une «journée nationale de lutte» le 24 avril. Cependant, l’annonce d’une réduction de 30 % du budget de tous les établissements d’enseignement fédéraux – des écoles secondaires aux facultés et universités – le 30 avril a suscité une vague croissante de protestations spontanées, forçant le CNTE et l’Union nationale des étudiants (UNE) à organiser les débrayages et les manifestations.

Ce qui a déclenché les manifestations a été l’annonce par le ministre de l’Education, le professeur d’économie d’extrême droite Abraham Weintraub, que son ministère allait réduire le budget des universités qui permettaient le «chaos» sur les campus, disant plus tard au journal O Estado de S. Paulo que par «chaos» il voulait dire événements politiques, citant comme exemple «l’autorisation la présence de travailleurs sans terre sur les campus.»

Weintraub a déclaré que l’Université fédérale de Fluminense, située dans l’État de Rio de Janeiro, qui avait été contrainte pendant les élections, sous la menace de poursuites pénales contre son doyen, de retirer une banderole anti-fasciste posée par des étudiants, serait parmi les premières à subir une réduction budgétaire. Le tribunal électoral a jugé qu’il s’agissait d’une «propagande électorale» contre Bolsonaro.

L’annonce a été immédiatement perçue comme une tentative de censure politique par le ministre fascisant de l’education, tristement célèbre pour paraphraser les nazis en disant que «les communistes sont le sommet du pays, le sommet des institutions financières, les propriétaires des journaux, les grandes entreprises et les monopoles.» Les coupes budgétaires sont venues s’ajouter à l’annonce faite quelques jours plus tôt que le gouvernement ne financerait plus les départements de sociologie et de philosophie dans tout le pays, le gouvernement affirmant qu’il n’était pas intéressé à permettre aux «enfants des agriculteurs» de «rentrer à la maison avec des diplômes en anthropologie».

Face à la répugnance généralisée à l’égard de ces coupes, le gouvernement a renforcé sa déclaration en disant que les coupes de 30 % toucheraient toutes les institutions fédérales – 60 universités fréquentées par 1,2 million d’étudiants et 40 écoles techniques secondaires, les «écoles fédérales» (FI), tout en insistant sur le fait que les raisons de ces coupes étaient économiques et non politiques. Bientôt, des milliers de parents ont commencé à manifester avec leurs enfants devant les FI, attendant Bolsonaro à des endroits qu’il devait visiter, comme la célébration du 130e anniversaire du lycée militaire de Rio.

Chacune de ces manifestations et, plus tard, les manifestations nationales de masse de mercredi, ont soulevé un large éventail d’inquiétudes. Les manifestants ont porté des banderoles s’opposant aux campagnes de militarisation des écoles, à la guerre contre les sciences climatiques et à la réduction de moitié du budget scientifique du pays, à la suppression de la réglementation environnementale et du travail et à la récession économique continue au Brésil, la banque centrale ayant estimé un retour possible à la récession après une baisse de 0,1 % du PIB pendant le premier trimestre.

Plus remarquable encore, alors que les syndicats, le PT et les organisations de pseudo-gauche ont assisté à des manifestations sous les bannières «Libérez Lula» – faisant la promotion du mensonge que l’ancien président du PT, le président Luiz Inacio Lula da Silva, emprisonné pour corruption, s’opposait d’une certaine manière à l’austérité, les manifestants dans des États gouvernés par le PT, se sont pris aux gouverneurs de ces États. Les manifestants au Salvador, première capitale du Brésil et capitale actuelle de l’État de Bahia ont traité le gouverneur Rui Costa de «Bolsonaro du PT». Le gouvernement de l’État de Bahia, dirigé par le PT, avait fermé des écoles avec des centaines d’élèves et réduit de 28% le budget des universités d’État en 2018. Les manifestants ont également rappelé le fait que Costa, salué dans les interviews de Lula depuis la prison comme un «leader important» de la gauche, blanchit régulièrement les meurtres de la police, affirmant que les policiers sont comme des «attaquants devant le but», salués «s’ils marquent» et conspués quand ils ratent.

Pour sa part, Bolsonaro a réagi avec une hostilité et une agressivité sans retenue aux manifestations. S’exprimant depuis Dallas, au Texas, où il s’est rendu pour recevoir le titre de «Personnalité de l’année» qui devait à l’origine être remis à l’American Museum of Natural History de New York avant que des manifestations n’eût obligé qu’on déplace de l’événement, il a qualifié les manifestants de «crétins utiles» manipulés par le PT.

Fait significatif, il a twitté une vidéo de Lula de 2010 qui utilisait les mêmes mots que Weintraub pour justifier les coupes budgétaires de son gouvernement PT, disant qu’elles étaient nécessaires parce que les recettes fiscales étaient inférieures aux prévisions du budget. Bolsonaro a écrit sous la vidéo «Lula clarifie pour la gauche comment c’est quand nous devons retenir des fonds (ce que chaque gouvernement fait). Merci de m’avoir expliqué!»

Bolsonaro est rapidement plongé dans la même crise qui frappe tous les secteurs de l’establishment politique brésilien, dont son élection a été une expression déformée.

Par leur ampleur et leur portée nationale, les manifestations du mercredi montrent, à l’instar des manifestations qui se développent en Afrique du Nord, les manifestations des Gilets jaunes en France, des grèves d’enseignants aux États-Unis et des manifestations de jeunes contre l’inaction capitaliste face au réchauffement climatique, que les masses du monde virent fortement à gauche. Des millions de personnes entrent en lutte contre un système capitaliste en faillite qui laisse Notre-Dame et le Musée national brésilien brûler, système qui est incompatible avec les droits les plus fondamentaux des travailleurs à l’éducation et à un niveau de vie décent, et qui menace la vie même de la planète.

Miguel Andrade

 

 

Article paru en anglais, WSWS, le 18 mai 2019



Articles Par : Miguel Andrade

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