Un scandale impliquant plusieurs millions de dollars secoue le Pentagone

Un rapport d’un organisme de surveillance du gouvernement des Etats-Unis, SIGAR (Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan) , informe que le Pentagone a provoqué la perte de millions de dollars en lançant la construction d’avions en Italie pour être ensuite revendus à des ferrailleurs. Ni un ancien général américain impliqué dans le projet, ni la société qui a vendu les avions défectueux n’ont été tenus pour responsables, selon le rapport de surveillance.

Gaspillage en masse. L’US Air Force a gaspillé 549 millions de dollars sur des avions-cargos défectueux fabriqués en Italie pour le gouvernement afghan et aucune personne impliquée dans l’accord n’a été tenue de rendre des comptes. Ni l’ancien général de l’US Air Force, qui a tenu un rôle important dans le projet et ni la société qui a vendu les avions défectueux au Pentagone, n’ont fait l’objet de poursuites pour le programme, a déclaré l’inspecteur général spécial du SIGAR dans le rapport obtenu par NBC News et par Observateur Continental.

Le Pentagone a acheté 20 avions cargo G222 à Alenia North America en 2008, mais les avions se sont révélés peu fiables, avec de longs retards pour garantir la livraison des pièces de rechange, des problèmes de maintenance et de nombreuses plaintes concernant leur sécurité de la part des pilotes afghans. Le programme a, alors, été suspendu et les avions ont été détruits et envoyés à la ferraille en 2014, se vendant 40257 dollars, selon le rapport.

Conflit d’intérêts. L’ancien officier de l’armée de l’air «avait un conflit d’intérêts clair car il était fortement impliqué dans le programme G222 quand il était en service actif. En prenant sa retraite, il est devenu le principal contact d’Alenia sur le même programme», indique le rapport de l’inspecteur général. NBC News indique que le Bureau des enquêtes spéciales de l’armée de l’air, ainsi que des fonctionnaires du Service des enquêtes criminelles de la Défense et du FBI, ont lancé une enquête sur le projet. Selon le rapport de l’inspecteur général, les autorités fédérales ont tenté de monter un dossier contre l’entrepreneur, Alenia, pour une possible fraude contractuelle et d’autres violations et de tenir pour responsable l’officier de l’armée de l’air à la retraite impliqué dans l’acquisition.

SIGAR, qui est à l’origine du rapport, a également aidé à mener l’enquête et a constaté que plusieurs avertissements de la part de l’Armée de l’air concernant Alenia et son absence de plan pour soutenir la construction des avions «ont été ignorés». L’enquête a révélé que le personnel contractant américain «n’a pas vérifié qu’Alenia disposait des pièces de rechange requises comme promis» ou qu’il n’avait pas confirmé que les avions remis à neuf étaient en état de navigabilité «en particulier dans les conditions de haute altitude et les conditions météorologiques extrêmes de l’Afghanistan». Le ministère américain de la Justice a, selon le rapport, accepté les poursuites potentielles en 2016, mais a déclaré au SIGAR en mai 2020 que les deux affaires seraient trop difficiles à poursuivre avec succès.

Le général américain protégé. Les responsables du ministère de la Justice ont soutenu que condamner le général de l’armée de l’air à la retraite pour violation de conflit d’intérêts «serait difficile parce que de telles condamnations étaient  »inconnues »», indique le rapport. Le ministère américain de la Justice a également décidé que comme le gouvernement américain avait accepté la livraison de l’avion – malgré des violations manifestes des exigences du contrat – cela «compliquerait considérablement toute tentative de tenir Aleniaresponsable d’une mauvaise rénovation et de multiples autres violations du contrat». NBC News précise que le ministère américain de la Justice a refusé de commenter.

La société Leonardo, qui a succédé à Alenia, n’a pas répondu aux questions spécifiques concernant le rapport SIGAR, mais a réaffirmé les termes de son contrat de fourniture des avions et a noté qu’elle avait reçu un contrat de suivi pour assurer la maintenance.

Faute à l’avion. Le Pentagone n’a pas identifié le général de l’armée de l’air, qui a été mentionné dans son rapport, comme étant impliqué dans le programme mais il a renvoyé le rapport du SIGAR en indiquant, simplement, que les avions n’étaient pas adaptés pour voler sur les terrains montagneux en Afghanistan et que ses défauts ont conduit à des accidents «presque mortels», en déclarant: «Heureusement, le programme Afghanistan G222 a pris fin avant que des vies ne soient perdues». Le rapport du Pentagone recommande que pour les futurs achats d’armes, le ministère de la Défense évalue suffisamment les risques avant d’approuver les acquisitions en obligeant les entrepreneurs à fournir des plans sur la façon dont ils soutiendront la construction des avions ou d’autres produits pour éviter de déroger aux réglementations ou aux procédures.

Le Pentagone insiste, comme pour se dédouaner, que le financement d’un programme, qui est sur le point d’expirer, doit être soumis à des «inspections complètes» avant de l’accepter. Pour cela, une enquête doit être menée de manière approfondie sur les «allégations de conflit d’intérêts» et les mesures appropriées doivent être prises.

Pierre Duval



Articles Par : Pierre Duval

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