Une finaliste de Miss Canada boycotte Israël

Vous croyez que les concours de beauté n’ont pas de contenu? Eh bien, détrompez-vous.

La prochaine Miss Canada pourrait bientôt parader sa couronne pour protester contre l’apartheid israélien et l’occupation. « Si je gagne, je vais porter fièrement ma couronne sur un bateau vers Gaza, lors des manifestations pour la justice sociale et contre l’austérité », explique Hala, finaliste de Miss Canada, ingénieure civile et membre du conseil d’administration de PAJU (Palestiniens et Juifs Unis).

Évaluant ses chances de gagner ce samedi 5 mars, elle demande : « Est-ce que Miss Canada veut de ce genre de publicité? Miss Canada appelant au boycott d’Israël? Je ne pense pas. »

Que l’organisation veuille de ce genre de publicité ou non, elle en aura probablement un peu puisque la semaine dernière le Parlement canadien a voté majoritairement en faveur d’une motion condamnant le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).  Hala participe au concours Miss Canada dans le but de promouvoir les droits des peuples autochtones de Turtle Island, nom qu’ils ont donné au Canada, ainsi que pour défendre les droits des Palestiniens et appeler au boycott d’Israël. « J’utilise la plate-forme pour diffuser mon message de paix. Je m’en fous pas mal de gagner » avoue-t-elle, insouciante.

Dans la foulée du vote parlementaire de la semaine dernière, l’organisation sera-t-elle critiquée pour la présence à son concours d’une candidate activement engagée dans la promotion de la campagne BDS, qui milite activement pour le boycott d’Israël en raison de son manque de respect pour les droits humains, ses crimes de guerre et sa politique d’apartheid?

On ignore toujours les répercussions qu’aura la motion sur le mouvement BDS, mais la finale du concours de beauté ce samedi pourrait bien être, de tous les événements, le premier à en souffrir.

Un éléphant dans un magasin de porcelaine

Mais pourquoi une activiste féministe participe-t-elle à un concours de beauté?

Tout a commencé l’année dernière quand une amie a suggéré à Hala de participer au concours Miss Québec. Elle n’aimait pas l’idée au départ, mais après y avoir réfléchi, elle a tenté sa chance.

« Toutes les plates-formes sont bonnes pour diffuser mon message, à condition que je ne me perde pas et que je ne vende mon âme. Au début, les groupes féministes étaient contre l’idée, mais quand je leur ai expliqué que mon objectif était d’utiliser la plate-forme, ils m’ont soutenue. Mon seul objectif est de diffuser un message. »

Pendant le concours Miss Canada, Hala souhaite promouvoir les causes qui lui sont chères, surtout la campagne BDS.

« Dans plusieurs pays du monde on tente d’interdire cette campagne en disant qu’elle est raciste et antisémite. Mais le boycott est comme une grève pacifique. Nous ne tuons personne, nous ne faisons de mal à personne, nous voulons seulement attirer l’attention sur la justice internationale. Le boycott est un droit démocratique, c’est une forme de liberté d’expression et notre groupe (PAJU) ne revendique pas seulement le boycott d’Israël, mais également celui de l’Arabie Saoudite. Cela fait-il de moi une antimusulmane et une antisémite? Le président de PAJU est juif. Ces étiquettes n’ont aucun rapport. »

La motion a été adoptée la semaine dernière dans l’intention de criminaliser les groupes appelant au boycott d’Israël. Une nouvelle campagne, #DroitAuBoycott, a été lancée avant le vote.

« Si je deviens Miss Canada et que j’appelle au boycott d’Israël vont-ils me jeter en prison avec ma couronne? J’aimerais vraiment voir ça! »

« Les gens ne veulent pas entendre parler de la Palestine »

Voilà ce qu’ont dit à Hala les organisateurs de Miss Québec lorsqu’elle était finaliste l’an dernier.

« Je pense qu’ils ne comprenaient pas, ils avaient peur que ça sonne antisémite et ils ne voulaient pas de controverse. Ils croyaient que j’étais Palestinienne, mais quand je leur ai dit que je suis Syrienne ils m’ont demandé : ‘’Mais pourquoi tu parles de ça si tu n’es pas Palestinienne?’’ J’ai dû leur expliquer que je faisais cela avec PAJU et qu’il s’agit d’une cause humanitaire et non d’une cause religieuse. Cette cause n’a rien à voir avec l’islam ou le judaïsme, c’est une cause humaine. »

Grâce au public qui a accueilli ses discours comme elle ne l’avait jamais connu auparavant, Hala s’est rendue à la finale de Miss Québec. Bien qu’elle n’ait pas gagné, les juges lui ont donné le meilleur pointage. Dans ces concours, les votes du public entrent également en jeu et les gens doivent payer pour voter pour un candidat. Hala, fidèle à elle-même, encourage les gens à faire un don de charité au lieu d’acheter des votes pour augmenter ses chances de gagner. « Je préfère que les gens donnent à des causes plutôt qu’à l’organisation Miss Canada. »

Le fait de susciter la controverse dans ce genre de concours en appuyant la campagne BDS n’augmente sûrement pas ses chances de gagner.

« Si je n’ai pas gagné Miss Québec, c’est principalement en raison de mes discours controversés. Des organisations comme Miss Québec et Miss Canada ne veulent pas que quelqu’un comme moi gagne et aille foutre le bordel dans les médias. Je savais cela dès le début et mon objectif n’est de ne pas gagner, mais plutôt de donner de la visibilité à mes causes. »

Si elle n’a pas remporté la couronne de Miss Québec, Hala revendique tout de même la victoire.

« Après un certain temps les concurrentes venaient me voir et me posaient des questions sur des organisations comme PAJU, Amnistie internationale, la Fédération des femmes du Québec, leurs discours sont soudainement devenus plus profonds et elles voulaient vraiment s’impliquer. Cela a été ma façon de gagner le concours. »

Est-ce qu’Hala gagnera le concours Miss Canada de la même manière ou remportera-t-elle également la couronne? Nous le saurons ce samedi, le 5 mars.

Vous pouvez voir son profil sur le site de Miss Canada au  http://www.misscanadatm.ca/277.html .

Si vous souhaitez l’appuyer et acheter des votes, vous pouvez le faire, cependant rappelez-vous qu’elle préfère que vous donniez à des œuvres de charité.

Pour en savoir plus sur PAJU cliquez ici .

Pour plus d’informations sur BDS Québec cliquez ici .

Julie Lévesque

 



Articles Par : Julie Lévesque

A propos :

Julie Lévesque is a journalist and researcher with the Centre for Research on Globalization (CRG), Montreal. She was among the first independent journalists to visit Haiti in the wake of the January 2010 earthquake. In 2011, she was on board "The Spirit of Rachel Corrie", the only humanitarian vessel which penetrated Gaza territorial waters before being shot at by the Israeli Navy.

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