Une obsession nommée Hugo

L’obsession de Washington contre Hugo Chavez n’a rien de rationnel et ne vient pas d’une  crainte pour son « socialisme du 21ème siècle ». Les manoeuvres du leader vénézuélien qui –sauf surprises retentissantes- sera élu aujourd’hui (dimanche 3 décembre, NDT) pour la troisième fois, n’ont rien de révolutionnaire. Du moins dans ce qu’on entend par révolution –bolchevique en Russie, maoïste en Chine et même castriste à Cuba. Un peu de réformisme social-démocrate européen, un peu de new deal  rooseveltien ou de vieux travaillisme britannique (pas le nouveau de Tony Blair), un peu de solidarité catholique, beaucoup de nationalisme nassérien ou, si on veut, péroniste, un peu de rhétorique tiers-mondiste. Le tout emballé dans le rêve de Bolivar d’une Amérique latine unie. Qu’un leader vénézuélien (et pas seulement) utilise pour la première fois, à des fins pour ainsi dire sociales. Santé et instruction, les pauvres et les indios enfin chez eux, intégration dans l’Amérique latine, multipolarité contre l’unilatéralisme impérial à l’extérieur.  « Si on regarde ce qu’il a vraiment fait, Chavez ne peut pas être qualifié autrement que comme néo-libéral »,  dit Douglas Bravo, l’ex-guérillero des années 60, pour justifier sa fureur anti-chaviste. Mais c’est un fait incontestable qu’après presque dix ans de Chavez, les compagnies pétrolières multinationales –celles à bannière étoilée en tête- ont fait des affaires en or avec lui, et pas seulement grâce au prix du baril qui a grimpé au firmament grâce à la « guerre au terrorisme » de leur président Bush. Comme ces 80 MacDonald ‘s qui infestent Caracas et les autres villes du Venezuela. Par un paradoxe qui n’est qu’apparent, plus Chavez braille contre « l’Empire » et contre le « diable » Bush, plus l’administration étasunienne au sens large exige que le bouillant bolivarien soit liquidé par n’importe quel moyen, et plus le business entre les deux pays accélère à plein pot. En 2005, le volume des échanges bilatéraux a atteint les 40 milliards de dollars, deux tiers de plus que l’année précédente. Et avec le Fonds monétaire international aussi, les rapports sont excellents : le Venezuela de Chavez, au contraire de l’Argentine de Kirchner, par exemple, paye rubis sur ongle et avec ponctualité toutes ses dettes. L’élite interne, celle qui a amené le « Venezuela saoudien » à l’incroyable record de 80% de pauvres en 40 années de « démocratie parfaite », de 1958 à 1998, hurle contre Chavez et le peuple chaviste, parfois fruste, et, presque toujours, pas vraiment parfaitement blanc et blond, mais, entre quatre yeux, doit ensuite reconnaître que les affaires n’ont jamais été aussi  bonnes et que les profits en banque n’ont jamais été aussi élevés. L’obsession anti-Chavez  n’a pas une base économique et sociale. Mais politique. Et raciale. Elle est en quelque sorte analogue à l’obsession anti-Fidel à Cuba. Les Usa, qui sont restés les seuls seigneurs au monde après la chute du communisme (et avant la révolte de l’Islam) ne peuvent pas tolérer qu’un « nègre », ou métis ou indio quelconque, puisse mettre en question leur hégémonie politique, culturelle et raciale. S’ils étaient moins obnubilés, les américains (du Nord) devraient faire des ponts d’or à Chavez et tout faire pour qu’il gagne non seulement aujourd’hui mais dans six ans aussi, avec les méthodes qu’il veut (de toutes façons, ils ne font pas, eux, dans la délicatesse). Méthodes qui du reste ont jusqu’à présent été rigoureusement démocratiques, même si, parfois, expéditives selon les cannons de la démocratie occidentale, malgré les mugissements d’une presse, écrite et télévisée, qui, au Venezuela, est entièrement et férocement anti-chaviste (une véritable publicité, involontaire, à la démocratie chaviste). Parce qu’il est faux -comme le hurle l’opposition interne reprise avec zèle par les médias mondiaux (pitoyablement en Italie, Corriere della Sera et Reppublica en tête) ainsi que par la social-démocratie internationale ( les Démocrates de gauche, en Italie, même si maintenant ils sont un peu plus prudents)- que la « pétrocratie » de Chavez n’a apporté  aucun résultat, à part – excusez du peu- dilapider l’or noir, que quelqu’un appela « l’excrément du diable », pour donner la santé et l’instruction, gratis, et des terres et des crédits aux indigènes et aux pauvres. Des organismes internationaux comme l’Oms, et le Pnud de l’ONU disent que la pauvreté a chuté de 80 à 40%, idem  pour la mortalité infantile et l’analphabétisme. En réalité, au-delà des apparences belliqueuses et des incontinences verbales, Chavez apporte la stabilité à un pays et un continent inquiets.

Et alors longue vie à Chavez !  Ce ne fossero*.

Edition de dimanche 3 décembre 2006 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/03-Dicembre-2006/art33.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



Articles Par : Maurizio Matteuzzi

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