Une pluie de bombes-flèches sur la Bande de Gaza

Wafa’ Nabil Abu Jarad, jeune femme enceinte de 21 ans, et son mari Mohamed Khalil sont devant leur maison, aux alentours de Beit Hanoun,une petite ville de Gaza. C’est le 5 janvier, une belle journée ensoleillée, et les bombardements semblent suspendus. Tout d’un coup ils entendent  un fort bourdonnement, essaient d’entrer chez eux mais n’y arrivent pas. Ils sont assaillis d’une pluie de fléchettes. Wafa’ meurt  sur le coup, déchiquetée par les petits dards métalliques. Mohamed est touché dans plusieurs parties du corps : un dard pénètre à côté de la colonne vertébrale. Un autre dans le genou de leur petit garçon de deux ans.

Ce cas et de nombreux autres, rapportés par Amnesty International, projettent un autre éclairage sur le type d’armes utilisées  par les forces israélienne contre la population de Gaza. Les fléchettes sont des dards métalliques à pointes acérées, longues de 4 cm, pourvues d’ailettes, dont sont chargés les projectiles des chars d’assaut. Quand le projectile explose, à 30 mètres du sol, il lance de 5 à 8.000  fléchettes  dans un rayon conique, sur une zone de 300 mètres de large et 100 de long.  L’arrivée des fléchettes  est annoncée par un bourdonnement, semblable à celui d’un essaim d’abeilles, sans laisser le temps de se mettre à l’abri : les fléchettes touchent  tous ceux qui sont à découvert, mais peuvent aussi pénétrer jusque dans les maisons (où l’on en a trouvé beaucoup dans les parois). C’est une arme anti-personnel, utilisée  dans les années 70 par les forces étasuniennes au Vietnam, et, depuis 2001, par les forces israéliennes dans les attaques à Gaza et au Liban.  En avril 2008, à Gaza, même le caméraman de Reuters, Fadi Shanaa, a été tué par ces fléchettes.

En octobre 2002, la section israélienne de l’association médicale étasunienne Physicians for Human Rights (Prix Nobel pour la paix 1997)  a présenté à la Haute Cour de justice d’Israël une pétition contre l’utilisation de cette arme dans les Territoires occupés. En avril 2003, la Haute Cour a rejeté la pétition, car « l’usage des fléchettes  n’est pas explicitement interdit par le droit international » et parce que « le choix des moyens de guerre, utilisés pour  empêcher des actes d’homicides terroristes avant qu’ils n’adviennent, n’entre pas dans les sujets sur lesquels cette Cour retienne approprié d’intervenir ».

Les portes parole militaires ont déclaré  que « dans sa décision d’utiliser cette arme, l’armée  est consciente de la nécessité d’équilibrer les exigences militaires avec les préoccupations humanitaires, visant à minimiser les dommages pour la population civile ».En réalité,  dénoncent avant tout les médecins, l’usage indiscriminé de cette arme contre les civils a pour objectif, non seulement de tuer, mais de provoquer des blessures qui ont pour les familles et pour la société des conséquences encore plus graves. Mohamed, avec cette fléchette juste à côté de la colonne vertébrale, ne peut pas reprendre sa vie  pour sauver ce qui reste de sa famille. Et, à Gaza, personne ne peut extraire la fléchette car il pourrait rester paralysé.   
         

Entre-temps, des camions d’aides sont arrivés en Egypte, bloqués par les Israéliens qui empêchent l’entrée dans Gaza ; et, devant ses côtes, les navires de guerre européens surveillent qu’aucune cargaison n’arrive aux Palestiniens, au motif qu’elle pourrait contenir des armes.

Reçu de l’auteur et traduit par Marie-Ange Patrizio.

Cet article a été publié vendredi 30 janvier 2009 par il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/il-manifesto/in-edicola/numero/20090130/pagina/10/pezzo/240865/



Articles Par : Manlio Dinucci

A propos :

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres: Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

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