Varoufakis aime beaucoup Macron, personnellement

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« Je l’aime beaucoup, personnellement », a dit Yanis Varoufakis lors d’une interview donnée à l’Opinion le 21 février 2017 en parlant d’Emmanuel Macron avant d’ajouter: « On a travaillé ensemble ».

Pour Yanis Varoufakis, Macron a été le seul ministre du gouvernement Hollande « qui semblait comprendre ce qui était en jeu au sein de la zone euro ». Lui et Macron partagent, selon ses dires, « la même vision des profonds défauts de la zone euro ». « Nous étions en désaccord en matière de réformes microéconomiques ou sur la libéralisation du marché du travail, mais c’est quelqu’un que je respecte », a -t-il ajouté. Et pour finir : « Je crois que c’est mutuel. On connaît nos points d’accord et de désaccord. On a un vrai dialogue ».

Une telle déclaration, que toute personne saine d’esprit sera tentée de laisser couler en silence vers les égouts de l’oubli – que nous importe, en effet, cette amitié ou ce respect mutuel supposés entre Yanis et Emmanuel – ne pourrait-elle pas avoir son importance en période électorale ? En effet, Yanis Varoufakis a su conserver, malgré son ratatinement sous la main de fer de la Troïka, une aura de penseur rebelle, de ministre hors pair, décontracté, audacieux, sans cravate et ne mâchant pas ses mots; malgré aussi, il faut le dire, son attachement avoué à l’Europe et un passé pas si brillant puisqu’avant de devenir membre de la coalition Syriza qui n’a servi, en définitive, qu’à étouffer les voix les plus radicales (Costas Lapavitsas, Zoé Konstantopoulou), il avait été conseiller du Pasok, ce faux parti de gauche comme tous les partis sociaux traîtres, dont l’existence est destinée à faire durer le statu quo, à garder le peuple bien arrimé au bûcher néolibéral, en l’oignant de grands jets d’eau fraîche avant chaque élection, pour lui faire croire que la cuisson s’est arrêtée, que les choses vont changer, qu’une équipe est là pour le sauver, malgré l’Union européenne, malgré l’OTAN, malgré la rapacité d’une oligarchie qui, elle aussi, est inextinguible.

En regardant le parcours de Yanis Varoufakis, il est difficile de ne pas penser à un autre universitaire, français celui-là, à Thomas Piketty, économiste de renom, l’auteur des mille pages qui l’ont rendu célèbre et que peu de gens ont lues, et qui s’est rangé, il y a peu, derrière le bonhomme carnaval Hamon, le pantin de papier mâché collé de travers à la magouille salivée, après avoir conseillé Hollande en 2012 et Royal en 2007. Etrange mimétisme. Etrange découverte des mêmes chemins de traverse s’offrant à deux universitaires tentés par la sophistique politico-électorale.

« Je l’aime beaucoup, personnellement » a donc proféré Yanis Varoufakis en pleine campagne macronienne, apportant à celui qui veut passer pour un réformateur, le soutien implicite de celui qui en est resté un dans l’esprit mal renseigné d’un public qui ne reçoit de l’actualité que les impressions floues que la presse mainstream veut faire passer pour de l’information.

« Je l’aime beaucoup, personnellement ». En disant cela, Yanis Varoufakis trahit une fois de plus son appartenance à la clique atlantiste et montre qu’il n’a fait jusqu’à présent que des simagrées. « Erratic marxist » – marxiste imprévisible, instable, capricieux, changeant, irrégulier – a-t-il dit de lui-même. Il nous avait prévenus, cet Hercule d’opérette qui avait dit au journaliste Paul Mason qu’il détruirait les bases sur lesquelles l’oligarchie grecque fait reposer sa puissance politique. Ce qu’il voulait c’était juste être connu, se montrer, conquérir une cote médiatique à entretenir ensuite pour faire des petits concerts rémunérés. Ce petit chanteur n’a pas gagné l’Eurovision du bobard orbitalisé mais, au moins, maintenant, il peut faire carrière en coulisse et ça a l’air de lui plaire.

« Je l’aime beaucoup, personnellement ». Qui sait si en disant cela, il n’a pas voulu redorer l’auréole de saint Macron, en lui prêtant un peu d’or de la sienne, prise à l’icône trompeuse que les médias lui ont façonnée.

Je suis certain qu’aujourd’hui, Emmanuel aime beaucoup Yanis, politiquement.

Bruno Adrie



Articles Par : Bruno Adrie

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