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Venezuela : «Les propriétaires terriens persécutent et assassinent impunément les Yukpa»
Par Adam Edelman et Alex Anfruns
Mondialisation.ca, 22 août 2019
Ivestig'Action 20 août 2019
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La journaliste française Angèle Savino a vécu treize années au Venezuela, période au cours de laquelle elle a suivit de très près le conflit qui oppose les Yukpa à de grands propriétaires terriens. « Après que Chavez ait décidé de remettre les terres aux Yukpa, les assassinats se sont enchaînés » – me confie-t-elle. Persuadée qu’au Venezuela, la lutte des Indiens pour la terre est aussi celle des paysans, Angèle Savino a longuement mûri l’idée de réaliser un documentaire qui rende hommage à ces hommes et femmes assassinés en toute impunité. Ce documentaire salutaire a pour titre Hau Yuru. Elle nous en raconte davantage dans cette interview.

Alex Anfruns : Pour faire votre film vous avez choisi comme personnages principaux la Sierra de Perijá – dans la frontière colombo-vénézuélienne – et la communauté indienne des Yukpa qui y habitent depuis toujours. Quel est votre rapport avec cette géographie et ses habitants?

Angèle Savino : C’est presque une histoire d’amour avec cette communauté Yukpa, de Chaktapa dans la Sierra de Perijá. Je les ai rencontrés il y a tout juste dix ans lors d’un voyage de découverte que je faisais avec des étudiants de l’Université Bolivarienne dans cette région. J’étais journaliste de radio, j’avais juste un petit enregistreur audio et un appareil photo, et je voulais comprendre un petit peu la complexité du conflit dans la région. J’avais beaucoup travaillé comme correspondante de presse sur la médiation d’Hugo Chávez pour la paix en Colombie. Du coup, je voulais connaître plus en profondeur le conflit colombien et ses débordements à la frontière. Cela faisait déjà plusieurs années que je travaillais avec les Indiens, d’abord au Chili avec les mapuches, après avec les Indiens du Mexique à Oaxaca qui avaient un projet de radio communautaire et qui, par la suite, ont été emprisonnés…Pour essayer d’obtenir leur libération j’avais accompagné des militants au Parlement Européen à Bruxelles, etc. J’étais déjà très impliquée déjà dans la lutte des Indiens pour leur territoire et leurs droits.

Je me suis donc rendue avec un groupe dans la région de Sierra de Perijá, après avoir été très marquée par une conférence à l’Université Bolivarienne; le titre était « Le conflit raconté par des femmes ». A l’époque j’avais été très impressionnée par le témoignage de la femme de Sabino Romero, de sa fille, d’autres femmes leaders de cette communauté…et j’ai décidé de faire ce voyage.

Là-bas, j’ai fait leur rencontre, et quelque chose de magique s’est produit : mon nom de famille est Savino et j’ai découvert qu’un chef indien rebelle s’appelait Sabino. Quelque chose de très fort s’est passé à ce moment-là. Je les ai accompagnés dans leur activité militante jusqu’à l’emprisonnement de Sabino Romero. J’avais fait un reportage pour Radio France Internationale car j’y travaillais à ce moment-là.

Angèle Savino a fait une rencontre « magique » avec le chef rebelle Yukpa Sabino Romero en 2009, dans la Sierra de Perijá.

On sait qu’en 1999 la constitution vénézuélienne a pour la première fois accordé des droits aux communautés indiennes. Sur la base de votre expérience aux côtés des Yukpa, diriez-vous qu’ils sont respectés?

En cherchant à comprendre cette problématique, j’ai remarqué qu’au Venezuela on parlait beaucoup des droits des Indiens reconnus; Chávez avait été une voix pour la reconnaissance de leurs droits, cela a aidé à leur accorder une visibilité… mais j’ai eu l’impression que cela n’était pas si simple que cela. J’avais déjà été dans la région des Pémons et je m’étais rendue compte que la question de la démarcation des terres indiennes était complexe.

Quand Sabino Romero est sorti de prison, Chávez s’est rendu compte qu’il avait lui aussi un peu les mains liées par rapport à ce problème des terres, car il y a beaucoup d’intérêts pour les ressources minières dans cette région, particulièrement le charbon. Chávez, qui était déjà malade en 2011, a décidé de remettre les terres aux Yukpa. C’est à partir de ce moment-là que les assassinats se sont enchaînés. Sabino Romero était le premier visé évidemment. En avril 2012, il avait échappé à une tentative d’assassinat, ensuite il est venu à Caracas et là, je l’ai interviewé. J’ai décidé de faire un film sur lui, il a été d’accord.

Fin 2012, un autre événement s’est produit : après la réélection de Chávez, la remise des terres n’avait pas avancé. Chávez avait beau l’avoir ordonné, il y avait des alliances entre l’ancienne ministre des peuples indigènes et les bureaucrates liés au pouvoir des propriétaires terriens et des multinationales minières, ce qui bloquait la situation. Sabino Romero est descendu à nouveau à Caracas, accompagné d’une cinquantaine de Yukpas. On a essayé de les empêcher de parler mais tous les mouvements sociaux se sont mobilisés et finalement il est passé à la télévision nationale, le 9 novembre 2012.

Il a été reçu par William Castillo, le journaliste qui était président de VTV à ce moment-là. Il a exprimé les contradictions de la Révolution mais aussi son soutien à Chávez, et sa force de volonté. Il a dit cette phrase dont je me souviens parfaitement : « je suis là pour révolutionner le pays et moi-même ». Il insistait qu’il était un rebelle et aussi un chaviste, mais qu’il voulait absolument dénoncer toutes ces manipulations, qu’il y avait derrière des faux caciques, instrumentalisés par certaines branches du pouvoir, y compris certains militaires, des bureaucrates, des propriétaires terriens… sans oublier de rajouter la complexité de la frontière avec la Colombie et les paramilitaires.

Pouvez-vous revenir sur cet événement que vous évoquiez tout à l’heure ?

Oui, c’est le discours de Chávez connu sous le nom de « golpe de timón », avec la consigne « comuna o nada », le 20 octobre 2012. Pendant ses quatorze ans au pouvoir, Chávez a beaucoup parlé de la problématique des Indiens, mais lors de cette auto-critique il est revenu sur ce sujet. Son discours a eu lieu juste après un affrontement entre les propriétaires et les Yukpa, sur des terres qui devaient leur être remises. Zenaida, une des filles de Sabino, avait été blessée.

Après, la maladie de Chávez a donné une opportunité inimaginable aux assassins de Sabino pour agir très facilement, car il avait reçu la protection de l’État, mais en même temps beaucoup de décisions se concentraient sur Chávez. Quand Sabino est passé à la télé, alors qu’il avait été censuré pendant des années, il a peut-être senti qu’avec cette médiatisation il avait enfin été écouté et qu’il avait moins besoin de se protéger.

Il a été assassiné peu après, lors de l’élection des nouveaux caciques. Il s’opposait à l’élection de l’un de ces groupes de caciques, qui était justement lié à des propriétaires terriens pour défendre leurs intérêts. C’était le 3 mars 2013, donc deux jours avant la mort de Chávez … (l’émotion interrompt momentanément cette conversation, NdR)

On comprend que cette disparition vous a poussé dans l’envie de poursuivre la documentation de ce conflit…

Exactement. Après ce moment très dur, j’ai décidé de retourner là-bas. Alors, il y a quelque chose d’assez fort qui s’est produit: je me suis rendue compte que ces femmes, qui m’avaient toujours accompagné, étaient les protagonistes de ce silence. Elles avaient toujours été présentes. Puisque Sabino n’allait plus pouvoir parler, je me suis donc adressé aux femmes. Je m’y suis rendue dans la Sierra, j’ai réalisé quelques interviews en mai 2013 et petit à petit a surgi cette idée de faire un film pour raconter le voyage des femmes Yukpa et qui vont se rappeler des moments-clés de leur vie.

« Sabino vit, sa lutte continue », peut-on lire sur le t-shirt d’Angèle Savino, qui accompagne toujours la lutte des femmes Yukpa, dix ans après cette rencontre.

Ce voyage va commencer dans la Sierra de Perijá, à l’endroit où est née Lucia Romero, la femme de Sabino Romero. C’est à la fois un retour aux sources, mais si le film commence là, c’est aussi parce que ces montagnes ne sont pas l’endroit où les Yukpa habitaient au départ, mais le lieu où ils ont été repoussés par les propriétaires terriens qui se sont appropriés des terres fertiles du piedmont.

Cette femme va raconter son enfance, sa rencontre avec Sabino, son histoire d’amour et après la descente sur les terres basses. Elle va voyager là-bas avec quatre autres femmes: Carmen, surnommée « Anita », est la cousine de Sabino Romero, elle aussi s’est beaucoup battue pour les droits des Yukpa. Elle est la cacique d’une autre communauté; Kuse. On a assassiné quatre de ses fils dont un avant la mort de Sabino, et qui avait été en prison avec lui. Il y a aussi Ana Maria, qui est la fille d’Anita. Et puis Guillermina, la fille de Sabino Romero, qui a été témoin de l’assassinat de son grand-père en 2008, l’Atancha José Manuel Romero. Un dernier personnage a été rajouté récemment, Marys, qui est aussi la fille d’Anita. Au départ, elle n’était pas prévue dans le scénario et puis elle s’est imposée, car elle a été victime d’un enlèvement en novembre 2018. Elle a été torturée pendant une semaine, et sauvée in extremis de la mort.

C’est-à-dire que les persécutions contre cette communauté se poursuivent actuellement?

Oui, la situation actuelle liée à la crise économique fait qu’il y a eu une augmentation du trafic des bovins vers la Colombie. C’est un lieu de passage et le conflit demeure très fort. Cela rend la situation assez complexe si on veut comprendre ce qui s’est passé plus récemment…

Les entreprises d’extraction minière sont présentes dans cette région frontalière, à la fois en Colombie et au Venezuela. Pouvez-vous approfondir sur leur impact dans la région ?

La Sierra de Perijá est une zone géographique qui se situe à la fin du Cerrejón colombien, qui est la plus grande mine de charbon à ciel ouvert de l’Amérique Latine et l’une des plus grandes du monde. Cette zone contient particulièrement un charbon d’une grande qualité, qui se vend plus cher, mais il n’y a pas uniquement du charbon. Comme Sabino l’expliquait, il y a aussi de l’or, de l’uranium, de la chaux, du pétrole bien sûr. Évidemment, il y a beaucoup d’intérêts en jeu.

On dit que Chávez est né du « Caracazo ». Et bien, Sabino Romero est né de la rencontre avec un militant écologiste qui s’appelle Lusbi Portillo qui a fondé l’ONG Homo et Natura qui a été criminalisée par une partie du gouvernement pendant des années. Elle a été accusé d’être un paravent de la CIA, etc. C’était du n’importe quoi. Cette rencontre entre Sabino et Portillo a été un moment très fort, Portillo était un professeur à l’université et il a aidé à la lutte contre l’exploitation du charbon, qui avait commencé avec les Wayuu du Nord de la Sierra de Perijá. Dans la partie qui est proche de la Guajira, il y a deux mines de charbon à ciel ouvert qui ont complètement détruit la région et les Wayuu ont été décimés. Il y a eu énormément de maladies liées à l’exploitation du charbon, avec évidemment le déplacement des populations. Cela a marqué Sabino Romero, qui s’est dit « je ne veux pas que cela arrive à ma communauté ». Cette histoire, c’est aussi une prise de conscience des Indiens et particulièrement de Sabino Romero, qui était un cas exceptionnel.

C’est une région très riche en ressources minières et, en plus de cela, qui fait partie de l’axe de l’IIRSA (infrastructure pour l’intégration de l’Amérique Latine en espagnol, NdR). C’est un énorme projet de la Banque Mondiale et de la Banque Interaméricaine de Développement, qui prévoit de construire des autoroutes et des autoroutes fluviales partout en Amérique Latine. C’est l’une des raisons du conflit du TIPNIS (Territoire Indien et Parc National Isiboro-Secure en espagnol, NdR) en Bolivie. Chávez avait signé cette convention l’année 2000 au Canada, lors du sommet des Amériques. Il venait juste d’être élu président, il n’avait pas le choix car de toute façon c’était une chose tellement énorme qu’il n’avait pas les moyens de s’y opposer, il n’était pas accompagné par d’autres présidents, l’ALBA n’existait pas ! Il y a cette axe de l’IIRSA qui touche à la fois la Colombie et le Venezuela.

Et justement, comment se passe la relation de ces entreprises extractivistes avec l’État vénézuélien ?

Quand j’ai découvert ce conflit en 2009, il y avait quelque chose de très particulier. Les Indiens avaient réussi à trouver un accord avec les propriétaires terriens. L’association d’éleveurs de bovins avait dit « ok, pour que vous gardiez une part de vos terres, mais nous avons besoin que nous vous payiez des indemnités : pendant des années on a produit sur cette terre, etc. » Donc cela a mis à mal le pouvoir d’une certaine manière.

J’ai même posé la question à Chávez : « Est-ce que la démarcation des terres et le paiement des indemnités pourront-elles résoudre le conflit dans la Sierra de Perija? » Et il m’avait répondu, très justement d’ailleurs : « S’il faut qu’on paie des indemnités on le fera dans certains cas, mais il ne faut pas oublier que les propriétaires terriens doivent partir, parce que ce sont eux qui se sont appropriés les terres des Indiens, ce n’est pas nous ». Cela a l’air juste dans les mots, mais dans les faits c’est plus compliqué. Chávez disait toujours « Los Indios primero » (les Indiens d’abord, NdR). Le deuxième, c’est l’État et le troisième ceux qui sont arrivés après : les éleveurs de bovins, les paysans déplacés de la Colombie, des Wayuu aussi… Et donc c’est une situation complexe.

L’une des possibilités pour démarquer la terre des Indiens et du coup pour empêcher la future exploitation des ressources minières, c’était de payer ces indemnités aux éleveurs dans le cadre de la démarcation des terres. C’est là où s’est produit le conflit. Il y avait déjà une « bourgeoisie révolutionnaire », qui est d’ailleurs de plus en plus visible en ce moment au Venezuela malheureusement. Le ministre de l’agriculture lui-même utilise ce terme, et cela met en rage les paysans qui se font expulser de leur terre par les propriétaires terriens en complicité avec certains gouverneurs. Parce que le conflit des Indiens et celui des paysans, c’est le même. Il y a quelques jours, il y a eu l’anniversaire de la Marche Paysanne Admirable de 2018, et la situation est la même, voire pire : 25 paysans ont été assassinés en un an, et plus de 300 depuis 2001. Deux mois après l’assassinat de Sabino Romero, l’État a finalement payé les indemnités des terres de Chaktapa. Mais celles de Kuse n’ont toujours pas été démarquées à ce jour. Les propriétaires terriens se considèrent comme les légitimes propriétaires de ces terres, persécutent et assassinent impunément les Yukpa. Par rapport à la question des ressources minières, il y a une complicité entre certains membres du gouvernement, des militaires, des propriétaires terriens, des paramilitaires évidemment. C’est une zone de non-droit. Ces ressources sont très attirantes.

Pour revenir sur la question de ce conflit et notamment le cas de Marys, elle a été séquestrée et torturée par un propriétaire terrien qui voulait récupérer sa terre. Sa mère avait reçu en 2008 un crédit de Chávez pour élever des vaches et fabriquer du fromage. La propriétaire terrienne a payé des Yukpas pour qu’il y ait un conflit à l’intérieur de cette ethnie, ainsi que des guérilleros. Après son enlèvement, Marys a été reçue par la vice-fiscal du pays, le ministère de l’Éducation, la ministre des Communes, l’ancien Vice-Président Elias Jaua l’a reçue aussi… Elle a été très soutenue par des institutions de la Révolution qui veulent que l’impunité cesse; mais la question la plus urgente aujourd’hui, c’est de mettre en place un dialogue de paix entre les Yukpa eux-mêmes. Ceux qui profitent de ce conflit, ce sont les propriétaires terriens, et ils aiment les voir se tuer entre eux. Et les Yukpa sont des caribes, ce sont des guerriers, ils sont très conflictuels. Il faut mettre en place cette table de négociation, comme pour la guerre en Colombie, et qu’il puisse y avoir une démarcation des terres indiennes pour qu’on ne puisse pas exploiter les ressources naturelles. Cela dépend de la bonne volonté du président Nicolas Maduro.

Depuis le 30 juillet 2017, il y a une Assemblée Constituante, dont le but est d’améliorer la Constitution de 1999. Il y a aussi une ministre chargée du pouvoir populaire pour les peuples autochtones, Aloha Nuñez. Quelle est votre impression sur les débats qui ont lieu dans le cadre de ce processus constituant ?

C’est assez compliqué, Aloha Nuñez a reçu Marys Fernandez, la dernière victime de ce conflit. Mais les institutions ne sont pas présentes sur le terrain. Le message ne passe pas. A chaque fois que le fils de Sabino Romero et sa mère reviennent à la Gobernacion de Maracaibo, ils sont ignorés. Les militants de Caracas ont un réseau de soutien dans les institutions, pour qu’on accueille ces femmes organisées dans l’association Oripanto Oayapo Tuonde (femmes pour la défense du territoire) et c’est dans ce cadre-là qu’elles arrivent à être reçues. La dernière fois, elle est venue avec tous les témoins de son enlèvement pour déclarer devant le Ministère Public, à Caracas, parce que la fiscalia de Machiques est complètement corrompu par les propriétaires terriens qui ont un vrai pouvoir dans cette région. A Maracaibo, il existe également ces liens. C’est compliqué, il faut constamment bouger pour obtenir justice.

Ce qu’on demande aujourd’hui à Aloha Nuñez, c’est de faciliter ce dialogue. Parce qu’aujourd’hui il y a des divisions entre les Yukpa. Et ces divisions elles sont liées au fait que les propriétaires terriens forment leurs groupes d’Indiens qui vont défendre leurs oppresseurs.

Pour construire l’histoire de votre film, vous vous laissez guider par ces femmes Yukpa. Selon vous la transmission d’une voix collective et féminine est en mesure d’apporter quelque chose qui n’a pas été vue ni entendue jusqu’ici?

Tout à fait, c’est tout à fait cela. Lucia est une femme incroyable, c’est une combattante. Le film pourrait être sur elle, j’ai choisi un collectif de femmes parce que je pense qu’elle n’est pas la seule à se battre. Bien qu’elle ait été la femme de Sabino, Lucia n’a jamais été en retrait par rapport à lui, c’est une femme au caractère très fort et qui d’ailleurs ne parle pas très bien l’espagnol. Dans mon tournage je vais lui demander de raconter son expérience en langue yukpa, parce qu’il est évident que ce n’est pas la même manière de la raconter. La voix des femmes est essentielle: elles ont une manière différente de raconter le conflit, parce qu’en tant que femmes qui ont des enfants, elles portent la vie en elles. C’est aussi leurs enfants qui vont pouvoir continuer la lutte de Sabino Romero.

Aussi, si on parle dans le cadre plus général de la Révolution Bolivarienne, où les femmes blanches, noires, indiennes, paysannes, ouvrières, se sont appropriés du pouvoir… Je pense qu’elles ont appris à se dire « Nous aussi, on peut parler. Nous aussi on peut se battre pour nos terres ». Lucia et Anita sont des femmes époustouflantes de force. On a assassiné des fils d’Anita et le mari de Lucia, et elles continuent d’être debout ! Elles ont un regard féminin qui est spécial : elles sont mères, elles sont filles, elles sont veuves, elles sont orphelines. Guillermina est une femme qui a perdu deux maris assassinés. L’époux de Marys a aussi été tué. Ana Maria et Marys on eu quatre frères assassinés. Ce sont elles qui continuent la lutte, il n’y a plus d’hommes dans ces terres. Leur parole est très importante.

 

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