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Vers une guerre entre les États-Unis et la Chine? La création d’un système totalitaire mondial, un « gouvernement mondial unique »?
Par F. William Engdahl
Mondialisation.ca, 17 août 2020

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Si nous prenons du recul par rapport aux grands titres des médias du monde entier et que nous essayons de comprendre les grandes lignes de ces nouvelles, la principale caractéristique de la géopolitique mondiale depuis au moins trois ans réside dans un véritable conflit entre les deux plus grandes puissances du monde : la République populaire de Chine et les États-Unis d’Amérique. De plus en plus, il semble que certains réseaux mondiaux obscures orchestrent ce qui semble être une reprise actualisée de la guerre mondiale de 1939-1945.  Cette fois-ci, les enjeux sont considérables, et visent à créer un système totalitaire mondial universel, ce que David Rockefeller a un jour appelé un « gouvernement mondial unique ». Les grandes puissances utilisent fréquemment la guerre pour obtenir des changements politiques majeurs.

Au nom des Forces en présence (Powers That BePTB), la Seconde Guerre mondiale a été orchestrée par les sphères d’influence de la City de Londres et de Wall Street pour manœuvrer les deux grands adversaires – la Russie et l’Allemagne – afin de mener une guerre sanglantes entre les deux pays, de telle sorte que ces PTB anglo-saxons puissent réorganiser l’échiquier géopolitique mondial à leur avantage. Ils ont grandement réussi, sauf qu’après 1945, Wall Street et les frères Rockefeller étaient déterminés à ce que l’Angleterre joue le rôle de premier partenaire de Washington. Le Royaume-Uni et les États-Unis sont devenus les figures de l’hégémonie mondiale  entrant ainsi dans la période appelée « guerre froide ».

Ce partenariat mondial anglo-étasunien s’est terminé, officiellement, en 1989 avec la chute du mur de Berlin et la désintégration de l’Union soviétique en 1991.

Avec le début de la présidence de Bill Clinton en 1992, à peu près à cette époque,  on assista à la phase suivante : la mondialisation financière et industrielle a été inaugurée. À cette même époque,   le processus de l’effondrement de la base industrielle a commencé non seulement aux États-Unis, mais aussi en Allemagne et en UE. La délocalisation de la main-d’œuvre à bon marché, rendue possible par la nouvelle OMC, a provoqué la baisse des salaires et a détruit massivement les industries en Occident après les années 1990. C’était une étape nécessaire pour se diriger vers ce que G.H.W. Bush a appelé en 1990 « le Nouvel Ordre Mondial ». L’étape suivante consistait à détruire la souveraineté nationale partout. Sur ce plan, les États-Unis représentaient le principal obstacle.

« Un peu d’aide de nos amis… »

Pour le PTB, qui n’a aucune allégeance à une nation, mais seulement à leur pouvoir qui dépasse les frontières, la naissance de l’Organisation mondiale du commerce et l’adhésion de la Chine en tant que membre à part entière en 2001 était considérée comme la prochaine étape clé. À ce moment-là, le PTB a facilité en Chine la plus grande croissance industrielle de l’histoire, à l’exception peut-être de l’Allemagne de 1871 à 1914 et des États-Unis après 1866. L’adhésion de ce pays à l’OMC a permis aux multinationales occidentales, d’Apple à Nike, de KFC à Ford et VW, de verser des milliards de dollars en Chine pour y fabriquer leurs produits, grâce à des salaires très bas, qui devaient être  par la suite réexporter vers l’Occident.

L’un des grands secrets de cette croissance économique chinoise est le fait que la Chine ait été autorisée à devenir « l’Atelier du Monde » après 2001, d’abord dans les industries peu qualifiées telles que le textile ou les jouets, puis dans les produits pharmaceutiques et, plus récemment, dans l’assemblage et la production de produits électroniques. Le puzzle se précise en examinant le fait que le PTB et ses institutions financières se servent de la Chine pour affaiblir les grandes puissances industrielles, en particulier les États-Unis, pour mettre de l’avant leur programme mondial. Brzezinski a souvent écrit que l’État-nation devait être éliminé, tout comme son patron, David Rockefeller. En permettant à la Chine de devenir un adversaire des États-Unis sur le plan économique et, de plus en plus, sur le plan technologique, ils ont créé les moyens de détruire l’hégémonie de la superpuissance étasunienne.

Au début de la présidence de Xi Jinping en 2012, la Chine était une véritable puissance économique, deuxième en importance après les États-Unis. Il est clair que cela n’aurait jamais pu se produire – pas sous la supervision des mêmes vieilles familles anglo-étasuniennes qui ont commencé les guerres de l’opium après 1840 pour « réprimander » la Chine et permettre  le pillage financier occidental de leur économie – à moins que les Anglo-Étasuniens ne l’aient fait involontairement.

La même banque britannique impliquée dans le commerce de l’opium en Chine, la Hong Kong and Shanghai Bank (HSBC), fondée par un Écossais, Thomas Sutherland, en 1865 dans la colonie britannique de Hong Kong de l’époque, est aujourd’hui la plus grande banque non chinoise de Hong Kong. Ces dernières années, HSBC a tissé des liens très étroits avec la Chine : depuis 2011, Laura Cha est membre du conseil d’administration et vice-présidente de HSBC. Mme Cha était auparavant vice-présidente de la Commission chinoise de réglementation des valeurs mobilières, étant la première personne hors de la Chine continentale à rejoindre le gouvernement central de la République populaire de Chine à Pékin au rang de vice-ministre. En d’autres termes, la plus grande banque du Royaume-Uni a un membre de son conseil d’administration qui était membre du Parti communiste chinois et un fonctionnaire du gouvernement chinois. La Chine avait besoin d’accéder à la monnaie occidentale et HSBC et d’autres banques choisies comme JP MorganChase, Barclays, Goldman Sachs étaient manifestement vraiment très heureuses de l’aider.

« Le socialisme avec les caractéristiques de Xi Jinping… »

Jusqu’en 2012, lorsque Xi a pris la tête du PCC à Pékin, la Chine semblait dans l’ensemble vouloir être un « joueur d’équipe » mondialiste, ce avec des « caractéristiques chinoises ». Cependant, en 2015, après un peu plus de deux ans de mandat, Xi Jinping a approuvé une stratégie industrielle nationale mondiale : Made in China : 2025. « Chine 2025 » a remplacé un document occidental mondialiste antérieur qui avait été formulé avec la Banque mondiale et les États-Unis, le rapport « Chine 2030 » sous la direction de Robert Zoellick. Ce passage à une stratégie chinoise de domination technologique mondiale pourrait bien avoir déclenché une décision du PTB mondialiste selon laquelle on ne pouvait plus compter sur la Chine pour suivre les règles des mondialistes. Cependant le PCC [Parti communiste chinois] sous Xi était déterminé à faire de la Chine le leader mondial de l’industrie de pointe, de l’intelligence artificielle (IA) et des biotechnologies. La résurgence de l’hégémonie mondiale nationaliste de la Chine n’était pas l’idée du « Gang du Nouvel Ordre Mondial ».

« Chine 2025 », combinée à la promotion par Xi de l’Initiative de la route de la ceinture pour une infrastructure mondiale reliant la Chine par voie terrestre et maritime à toute l’Eurasie et même au-delà, a probablement indiqué aux mondialistes que la seule solution pour éviter de perdre leur pouvoir au profit d’une hégémonie mondiale de la Chine serait finalement la guerre. Une guerre qui détruirait les deux puissances nationalistes, les États-Unis ET la Chine. C’est ma conclusion et plusieurs faits  indiquent que c’est ce qui se passe en ce moment.

Des miettes pour des miettes

Si c’est le cas, cette guerre sera très probablement très différente de la confrontation militaire de la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis et la plupart des économies industrielles occidentales ont « opportunément » provoqué la pire dépression économique depuis les années trente, en guise de réponse étrange à un prétendu virus originaire de Wuhan et se propageant dans le monde entier. Malgré le fait que le nombre de morts, même avec des statistiques largement gonflées, soit au niveau d’une sévère grippe saisonnière, l’insistance des politiciens et de l’OMS corrompue pour imposer un verrouillage draconien et une perturbation économique a paralysé les principales infrastructures industrielles aux États-Unis et dans la plupart de l’UE.

Le déclenchement d’émeutes bien organisées et de vandalisme sous la bannière de protestations raciales à travers les États-Unis a amené les villes étasuniennes à devenir, dans de nombreux cas, des zones de guerre ressemblant aux villes du film Elysium de Matt Damon et Jodie Foster de 2013. Dans ce contexte, la rhétorique anti-Washington de Pékin a pris un ton aigu dans leur utilisation de la soi-disant « diplomatie du loup ».

Source : https://medium.com/@koujsamzp/regarder-elysium-2013-film-complet-streaming-vf-502845ce2884

Après la fermeture par Washington du consulat de Chine à Houston et du consulat étasunien à Chengdu, les deux parties ont intensifié leur rhétorique. Les entreprises de haute technologie sont interdites aux États-Unis, les démonstrations de force militaire des États-Unis dans la mer de Chine méridionale et dans les eaux proches de Taïwan augmentent les tensions et la rhétorique des deux côtés. La Maison Blanche accuse l’OMS d’être un agent de Pékin, tandis que la Chine accuse les États-Unis de créer délibérément un virus mortel et de l’introduire à Wuhan. Les médias d’État chinois soutiennent l’explosion de violentes protestations à travers les États-Unis sous la bannière de Black Lives Matter. Les événements s’intensifient de façon spectaculaire. De nombreux soi-disant marxistes étasuniens qui dirigent les manifestations dans les villes des États-Unis ont des liens avec Pékin, comme le Parti communiste révolutionnaire d’origine maoïste de Bob Avakian.

« Une guerre sans restrictions »

Dans ces conditions, quel type d’escalade est probable ? En 1999, deux colonels de l’APL chinoise, Qiao Liang et Wang Xiangsui, ont publié avec la presse de l’APL un livre intitulé « Unrestricted Warfare ». Qiao Liang a été promu général de division dans l’armée de l’air de l’APL et est devenu secrétaire général adjoint du Conseil pour les études de politique de sécurité nationale. Les deux hommes ont révisé leur mission en 2016. Cela permet de faire le point sur la stratégie militaire chinoise de pointe.

Passant en revue la doctrine militaire étasunienne publiée au lendemain de l’opération étasunienne « Tempête du désert » contre l’Irak en 1991, les auteurs chinois dénoncent ce qu’ils considèrent comme une dépendance excessive des États-Unis à la force militaire violente et à la doctrine militaire conventionnelle. Ils affirment : « Observer, examiner et résoudre les problèmes du point de vue de la technologie est une pensée typiquement américaine. Ses avantages et ses inconvénients sont tous deux très apparents, tout comme les caractères des Étasuniens ». Ils ajoutent que « les menaces militaires ne correspondent pas le plus souvent aux principaux facteurs affectant la sécurité nationale… ces facteurs traditionnels sont de plus en plus liés à l’accaparement des ressources, à la lutte pour les marchés, au contrôle des capitaux, aux sanctions commerciales et à d’autres facteurs économiques, au point qu’ils deviennent même secondaires par rapport à ces facteurs. Ils constituent un nouveau modèle qui menace la sécurité politique, économique et militaire d’une ou plusieurs nations... Les deux auteurs définissent la nouvelle forme de guerre comme « englobant les sphères politique, économique, diplomatique, culturelle et psychologique, en plus des sphères terrestre, maritime, aérienne, spatiale et électronique ».

Parmi les méthodes proposées, ils suggèrent que la Chine pourrait utiliser le piratage de sites web, le ciblage des institutions financières, le terrorisme, l’utilisation des médias et la conduite d’une guerre urbaine. Les récentes révélations selon lesquelles des entités chinoises versent des millions de dollars en recettes publicitaires au New York Times et à d’autres grands médias américains pour exprimer des opinions favorables à la Chine en sont un exemple. De plus, on ajoute : manœuvrer un ressortissant chinois pour diriger le plus grand fonds de pension public étasunien, CalPERS, qui a versé des milliards dans des actions chinoises risquées, ou persuader la Bourse de New York de coter des dizaines d’entreprises chinoises sans exiger l’adhésion à la transparence comptable étasunienne accroît la vulnérabilité financière des États-Unis,.

Tout cela décrit la forme que pourrait prendre une guerre entre la Chine et les États-Unis. On peut la qualifier de guerre asymétrique ou de guerre sans restriction, où rien de ce qui perturbe l’ennemi n’est interdit. Selon Qiao, « la première règle de la guerre sans restriction est qu’il n’y a pas de règles, rien n’est interdit ». Il n’y a pas de conventions de Genève.

Les deux auteurs de Beijing ajoutent que cette guerre clandestine pourrait inclure des attaques contre la sécurité politique, la sécurité économique, la sécurité culturelle et la sécurité de l’information de la nation. La dépendance de l’économie étasunienne vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement chinoises pour tout, des antibiotiques de base aux minéraux de terres rares vitaux pour l’armée, n’est qu’un domaine de vulnérabilité parmi d’autres.

De son côté, la Chine est vulnérable aux sanctions commerciales, aux perturbations financières, aux attaques bioterroristes et aux embargos pétroliers, pour n’en citer que quelques-uns. Certains ont suggéré que la récente invasion de criquets pèlerins et la dévastation de la peste porcine africaine sur les réserves alimentaires de base de la Chine n’étaient pas simplement un acte de la nature. Sinon, nous sommes probablement plongés dans une forme non déclarée de guerre sans restriction entre les États-Unis et la Chine. Se pourrait-il que les récentes inondations extrêmes le long du fleuve Yangtze qui menacent le barrage géant des Trois Gorges et qui ont inondé Wuhan et d’autres grandes villes chinoises et dévasté des millions d’acres de terres agricoles clés n’aient pas été entièrement saisonnières ?

Une guerre totale et illimitée entre la Chine et les États-Unis serait plus qu’une tragédie. Ce pourrait être la fin de la civilisation telle que nous la connaissons. Est-ce ce que des personnages tels que Bill Gates et ses supérieurs essaient de provoquer ? Envisagent-ils d’introduire leur dystopique draconienne « Reset » (remise à zéro) sur les ruines d’un tel conflit ?

F. William Engdahl

Image en vedette : outraspalavras.net

Article original en anglais :

Towards a US-China War? The Creation of a Global Totalitarian System, A “One World Government”?

Traduit par Maya pour Mondialisation

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F. William Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier, il est titulaire d’un diplôme en politique de l’université de Princeton et est un auteur à succès sur le pétrole et la géopolitique, exclusivement pour le magazine en ligne « New Eastern Outlook » où cet article a été publié à l’origine. Il est associé de recherche au Centre de recherche sur la mondialisation.

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