Vittorio, jamais aussi vivant que maintenant


Vittorio Arrigoni, le 29 août 2008, à Gaza. Crédits photo : Hatem Moussa/AP

Faut-il mourir pour devenir un héros, pour avoir la première page des journaux, les télés devant chez soi, faut-il mourir pour rester humains ?

 

Je me souviens du Vittorio de Noël 2005, emprisonné dans une cellule de l’aéroport Ben Gourion, les cicatrices des menottes qui lui ont scié les poignets, les contacts refusés avec son consulat, le procès farcesque.

 

Et cette Pâques de la même année quand, à la frontière jordanienne, juste après le pont d’Allenby, la police israélienne le bloqua pour l’empêcher d’entrer en Israël, le chargea dans un bus et, à sept, dont une femme policière, le tabassèrent « avec art », sans laisser de traces extérieures, en véritables professionnels qu’ils sont, le jetant ensuite à terre et, comme un dernier affront, lui lançant au visage les cheveux qu’ils lui avaient arrachés, avec leurs puissants amphibies.

 

Vittorio était un indésirable en Israël. Trop subversif, pour avoir manifesté avec son ami Gabriele, l’année précédente, avec les femmes et les hommes du village de Budrus contre le mur de la honte, en leur apprenant et en chantant avec eux notre plus chant de partisan : « O bella ciao, ciao… »

 

Je ne vis alors aucune télévision, pas même quand, à l’automne 2008, un commando donna l’assaut au bateau de pêche, au large de Rafah, dans les eaux palestiniennes, et Vittorio fut emprisonné à Ramle et ensuite expédié chez lui en combinaison et savates. Bien sûr, je ne peux maintenant que remercier la presse et la télé qui nous ont approchés avec courtoisie, qui ont « surveillé » notre maison avec égards, sans excès et m’ont donné l’occasion de parler de Vittorio et de ses choix idéaux.

  

Ce fils perdu, mais si vivant, comme il ne l’a peut-être jamais été,  qui comme le grain qui pourrit et meurt en terre donnera des fruits luxuriants. Je le vois et je l’entends déjà dans les mots des amis, surtout des jeunes, certains proches d’autres très lointains, qui à travers Vittorio ont connu et compris, plus encore à présent, comment on peut donner un sens à « Utopie », comment la soif de justice et de paix, la fraternité et la solidarité ont encore droit de cité et que, comme disait Vittorio, « la Palestine peut aussi être sur le pas de sa porte». Nous étions loin de Vittorio, mais plus proches que jamais. Comme maintenant, avec sa présence vivante qui grandit d’heure en heure, comme un vent qui de Gaza, de sa mer Méditerranée chérie, souffle, impétueux, et nous apporte ses espoirs et son amour pour les sans voix, pour les faibles, pour les opprimés, en nous passant le témoin. Restons humains.

Edition de dimanche 17 avril de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/archivi/fuoripagina/anno/2011/mese/04/articolo/4472/  



Articles Par : Egidia Beretta Arrigoni

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