Washington : Honduras et l’Amérique latine

Entrevue d’Arnold August

Entrevue d’Arnold August à la radio de CJSF (Vancouver, Canada) concernant le coup d’État au Honduras et l’implication des États-Unis

Auteur montréalais et expert en démocratie cubaine, Arnold August était l’invité de  Sylvia Richardson sur les ondes de CJSF  le 24 août dernier pour faire la lumière sur les évènements survenus au Honduras le 28 juin et les révélations entourant l’affaire qui sont dévoilées au fil du temps. Après plus de 60 jours suivant l’enlèvement du président Zelaya et la prise du pouvoir par le « gouvernement » usurpateur de Roberto Micheletti, il est devenu impossible pour Washington de continuer à nier son implication directe dans cet acte répréhensible et condamné internationalement.

Comme l’a signalé M. August, c’est maintenant un fait admis que l’appareil qui a transporté Zelaya après son enlèvement nocturne à sa résidence a atterri à la base militaire étasunienne de Soto Cano au Honduras, avant de poursuivre vers sa destination finale du Costa Rica.  « Sans être un expert militaire, comment un avion peut-il atterrir dans une base militaire forte de 600 soldats étasuniens et beaucoup d’équipement militaire, sans l’accord, l’expertise et le support des occupants de cette base? » questionne M. August.

Il s’agit d’étudier les publications officielles du département d’État pour constater que la stratégie de Washington depuis le 28 juin dernier, laquelle M. August a suivie de très près, ne s’est limitée qu’à mettre l’emphase sur  la « médiation » par l’intermédiaire du président du Costa Rica Oscar Arias, entre ce que Washington appelle « les deux partis ».

Sylvia Richardson a fait remarquer que les États-Unis ont envahi des pays plus de 50 fois au cours du dernier siècle et dresse un sombre portrait récapitulatif des interventions yankees, les plus récentes ayant eu lieu en Haïti en 2004 et au Venezuela en 2002. La dernière démonstration des visées hégémoniques étasuniennes : l’accord entre la Colombie et les États-Unis, établissant sept bases militaires étasuniennes dans ce pays frontalier avec l’Équateur et le Venezuela, principale puissant allié géopolitique des États-Unis dans la région. M. August signale que comparativement aux années 60, la situation a changé drastiquement, alors qu’à l’époque Cuba était isolée par la vaste majorité des gouvernements du sud, tous ces gouvernements reconnaissent maintenant l’île socialiste à l’exception des États-Unis.

Le coup d’État au Honduras était non seulement dirigé envers le président Manuel Zelaya et le peuple hondurien, mais globalement et surtout contre les états d’Amérique latine et des Caraïbes qui ont  choisi l’ALBA, une alliance économique, sociale et politique alternative aux alliances dominées par l’impérialisme américain. M. August explique : « Ce coup d’État au Honduras était une sorte de menace, d’indication de la part de Washington, que même si le pouvoir a changé de main, même si on voit un nouveau visage à la Maison Blanche, l’empire considère toujours que l’Amérique latine, l’Amérique centrale et les Caraïbes sont des régions qui devraient être dominées par les États-Unis. »

M. Obama, lors de sa rencontre le 10 août au Mexique avec le Premier ministre du Canada Harper et le président Mexicain Calderón, a perdu son calme en qualifiant d’hypocrites ceux qui lui demandent d’intervenir fermement en faveur du retour du président Zelaya et du peuple hondurien.  Dans ce soudain retournement de manières diplomatiques, Obama a montré la vraie face de son administration en rabaissant les pays qui, comme le Venezuela, exige de Washington une position ferme.

M. August rectifie : « Ce qui est demandé de la part des États-Unis n’est certes pas une intervention dans les affaires intérieures du pays, mais ils devraient au moins retirer leur ambassadeur comme ont déjà fait la plupart des pays, et cesser complètement toute aide militaire et économique au Honduras.»  Il poursuit : « Ce qu’on voit en ce moment se dérouler sous nos yeux, c’est Washington qui exerce la même politique impériale en Amérique latine et centrale, c’est-à-dire une politique de domination et d’intervention dans le but de contrôler les ressources naturelles de la région et d’avoir une main mise sur les territoires géostratégiques. »

M. August souligne la résistance grandissante et globale du sud aux politiques étasuniennes, actuellement évidente en vue du peuple Hondurien qui occupe les rues du pays en revendiquant non seulement le retour de leur président démocratiquement élu Manuel Zelaya, mais également la tenue d’une Assemblée constituante permettant la réforme de la Constitution. C’est le prestige grandissant des pays tels que Cuba, la Bolivie, le Venezuela, l’Équateur, le Nicaragua et le Paraguay, ainsi que le prestige des dirigeants de ces pays et leurs programmes sociaux, qui a engendré un mouvement croissant contre la domination étasunienne, contre le système capitaliste et le néolibéralisme, jugés non viables pour les peuples du monde.  

Arnold August : Montréal, auteur, journaliste et conférencier spécialiste de Cuba. Livre Democracy in Cuba and the 1997-98 Elections. Chapitre Socialism and Elections du livre Cuban Socialism in a New Century: Adversity, Survival, and Renewal, (University Press of Florida, 2004) édité par les professeurs Max Azicri et Elsie Deal. Prochain volume Cuba : démocratie participative et élections au XXIème siècle (automne 2010 en français, anglais, et espagnol). Membre Latin American Studies Association (LASA), Comité internationale pour la liberté des Cinq et le Comité Fabio Di Celmo pour les Cinq de la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba.



Articles Par : Karine Walsh

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